CHEZ LES MOIS 12

Il savait tout juger, sans Code à ouvrir, sans article à citer. Rien que des sentences fleuries d’images.

Assis à ma table au milieu de ces Mois à croupetons, je me mêlais à leurs histoires. Je me passionnais pour la succession de Ma Dun, pour l’enlèvement de H’Yan, qu’on appelait aussi Précieuse. J’aimais leurs cris, j’observais leurs regards, j’attendais que Ma Ngay levât la main…

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Un jour, on nous a amené un gamin de douze ans tout au plus dont la petite tête éveillée sortait de la cangue, comme s’il avait mis celle-ci histoire de s’amuser. Ce petit sauvage, élève de l’école, s’était échappé quatre ou cinq fois déjà pour rejoindre son village à travers bois, sans peur du tigre, et ne sachant plus comment venir à bout de ce petit gredin le tribunal, à sa dernière fugue, lui avait sévè­rement déclaré par la bouche d’Y Thuop, que si une seule fois encore il se sauvait, il aurait la tête tranchée. Cette menace ne l’avait pas retenu : il était parti quand même et voici qu’un milicien le ramenait, pas effrayé du tout, et gri­gnotant une banane.

—                 Eh bien ! lui dit le résident qui faisait les gros yeux, tu sais à quoi tu es condamné ?

—                 Et pourquoi ne le saurais-je pas ? répondit le sauvageon sans se troubler.

—                 Y Dam ! aiguise ton coupe-coupe…

Tous les Mois qui se trouvaient là restaient

bouché bée. Alors, sans lâcher sa banane et du même ton fiérot, le petit vagabond dit au «grand-père », en regardant s’approcher le milicien.

—                 Mais, si l’on me coupe la tête ici, cela va tout salir. Il vaudrait mieux aller dans le jardin…

Les trois juges et les ay en restèrent in­terloqués. Je ne sais plus avec quelle nouvelle menace on renvoya le gamin en classe — celle de le jeter dans une fosse à tigre, je crois — mais je suis bien certain qu’il n’a pas dû conti­nuer longtemps l’étude du calcul et de la physique. Car on leur enseigne la physique à ces gamins, nus comme des vers, et les dissipés font leur quatre règles la cangue au cou.

Tout se juge, sur l’avancée. Nous sommes tour à tour Justice de Paix et Cour d’Assises et l’on condamne aussi bien à six poulets d’amende qu’à cinq ans de prison. De surpre­nantes contestations surgissent. Ainsi I Blô, dit   » Longues Jambes », ayant perdu sa femme, les parents de celle-ci lui ont donné comme épouse remplaçante leur dernière fille, qui n’était pas encore pubère. I Blô, pas contrariant, a consenti, mais il a pris une concubine. Est-il coupable ?

Y Thuop en rit aux éclats et Ma Bli, le visage tout plissé de moquerie, lance des gaillardises que les Mois accueillent par des cris de joie, renâclant comme leurs petits chevaux. Les deux juges interrogent, en plaisantant. La petite remplaçante discute d’une voix pointue. Puis c’est le tour de la concubine, impassible comme une bufflesse, et qui chique avec un air de ruminer. Les parents commencent à s’agiter ; ils crient tous ensemble, insultent la favorite et Longues Jambes, inquiet, semble se demander s’il devra coucher en prison.

Le vieux chasseur lui, ne s’amuse pas. Il ne rit ni à la fillette, ni à la concubine, et regarde durement les parents, qui, pour conserver gongs et jarres, ont conclu ce sot mariage. Ma Ngay songe un instant. Son bétel change de joue. Il cherche… Enfin, il se râcle la gorge, tend sa main aux doigts écartés, et, martelant certains mots, il récite…

« Fille impubère, fille vierge, fille dont les seins n ’ont pas encore poussé, fille qui ignore ce que font les filles et les garçons ;

« Tête où passent les ciseaux, dents pas encore limées, fille qui n’a pas appris les travaux domestiques ;

« Enfant qui joue encore à gratter la terre, qui se cramponne à l’échelle pour monter ;

« Enfant qui n’a jamais quitté l’ombre de ses parents, que l’on porte dans la couverture, qu ’on n \abandonne pas un seul instant…

« Si quelqu ’un la prend pour femme, il devra attendre que d’enfant elle devienne jeune fille ; il devra attendre, car elle ne sait pas servir le riz, ne sait pas off rir le tabac et le bétel, ne sait pas satisfaire un homme ;

« Mais, comme on assemble les gongs renflés et les gongs plats pour accorder leurs sons, de même les parents les ont trouvés assortis pour aller ensemble couper le bambou et tendre les pièges autour du ray.

« Les parents l’ont voulu ainsi et la petite sœur suit par derrière, et la mère va par-de­vant.

« Alors, si l’époux a les pieds sur la route et la main en forêt, s’il vole l’amour ailleurs, cherche les caresses d’une autre femme, il ne peut y avoir affaire.

« Et cela parce que sa femme est une lente tortue, qu’elle est un nouveau-né sur les ge­noux de sa mère.

« Les parents n ’avaient pas de bracelets de cuivre pour avoir un Bih ; ils ne voulaient pas donner d’objets pour avoir un M’nong. Ils l’ont donc voulu ainsi, la petite sœur suivant la mère, parce qu’ils n’avaient personne pour éclairer leur route, leur procurer à manger et à boire.

« Alors, il n’y a pas affaire. »

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