CHEZ LES MOIS 13

Sans doute, je pourrais, sous prétexte de les rendre plus intelligibles, alourdir de notes chaque métaphore. Non. Je préfère leur garder tout leur mystère. Je n’aime pas les fleurs dans un herbier…

Que pourrait apprendre notre Code à ce Bidoué ? Les crimes, les délits, les fautes, tout y est… Jusqu’à l’abandon du serviteur malade, jusqu’aux bénéfices excessifs du marchand, jusqu’à la transmission des maladies conta­gieuses… Nos lois de civilisés y ont-elles songé ?

« Année maudite, été brûlant. Le génie du ciel est courroucé.

« Celui que le génie a frappé, à qui le Ciel a infligé une maladie grave ;

« S’il ne s’isole pas, s’il n ’interdit pas son ap­proche, si, comme l’éléphant dans la brousse se frotte aux arbres, comme le génie crocodile se glisse dans les herbes, il va se mêler aux habitants du village ;

« Alors meurent les gens robustes, tombent les gens puissants, rendent l’âme les riches et les hommes habiles ;

« Ainsi, il y a affaire contre lui. »

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Je ne me lassais pas d’écouter. Je voulais tout connaître, tout traduire…

Dans mon esprit s’établissaient des rapports saugrenus entre le Bidoué et le Code Napoléon… Quel jurisconsulte oserait dé­nommer « domicile conjugal » ces longues huttes sur pilotis, avec des quartiers de buffle qui saignent devant la porte ?

Je m’étonnais de ne jamais trouver mes juges hésitants. Ou Y Thuop, en riant, rendait l’arrêt ; ou Ma Bli, tout de ruse, tranchait le débat ; ou Ma Ngay, rude et solennel, rappelait la loi, mais jamais ils n’étaient pris au dépourvu. Elle a tout prévu, cette loi de sauvages. Et, dictée par des primitifs qui ne savent pleurer que de souffrance, par des barbares, nourris de boyaux de buffles, par des chasseurs féroces qui défient le tigre, lance au poing, elle est plus généreuse pour la femme que toutes les lois du monde. C’est le plus faible qu’elle défend toujours.

« Ils se sont unis sans bracelet

« Parce qu ’ils se désiraient, comme celui qui voit un porc en désire la viande, comme celui qui voit une jarre veut en boire l’alcool.

« Personne n’a serré les traits du cheval. Personne n ’a passé la corde au cou du buffle. On n’a pas vu les parents de la fille aller sol­liciter ceux du garçon.

« Ils sont restés ainsi jusqu ’à ce que la patate qui pousse ait fait craquer la terre, jusqu’à ce que les pointes des seins aient noirci, jusqu ’à ce qu ’un enfant soit né.

« Alors maintenant qu’il n’aime plus, parce qu’un matin elle aura été paresseuse, l’homme cesse de demeurer avec la femme d’un jour.

« Il abandonne sans motif, comme l’eau disparaît de la source en saison sèche.

Ainsi il est coupable et il y a affaire contre lui. »

J’écoutais, j’écrivais, ne sentant pas la chaleur de midi qui me brûlait la nuque.

Enfin Y Thuop se levait, renvoyait les plaignants chez eux, les prévenus à la prison, et Ma Ngay, ayant descendu lourdement les marches, remontait sur son petit cheval.

Il posait sur sa tête un étrange chapeau tressé, large et rond comme un plateau. Il jetait sa couverture en travers de sa selle, toisait la racaille assemblée d’un regard indifférent.

Et je n’oublierai jamais ce justicier sauvage qui s’éloignait sous les palmes de l’avenue, ses pieds traînant dans l’ocre rouge du Darlac..

Bruit, musique, soleil, poussière, ripaille… C’est la fête à Ban-don, village de la tribu des chasseurs d’éléphants.

On a signalé des troupes de trente bêtes, entre Ban-tur et le grand lac, et les hommes vont partir. Les éléphants de chasse sont prêts. Les pakams ont choisi leurs aides. Les paquetages sont ficelés. Il n’y a plus que les sa­crifices à faire, la grande invocation à Ngoet Ngoual. Après on gagnera la forêt.

Autour de la maison grouillent des joueurs de gong, des cornacs, des dépeceurs de viande aux mains poissées de sang. Les femmes arborent des écharpes neuves, des pagnes de toutes les couleurs. Certaines ont mis de fausses mèches, qu’elles appellent si drôlement des « enfants de chignon ». Et, jusqu’au coude, des bracelets qui tintent.

Sous des toits de feuillage sont entassés des têtes de buffles, des morceaux de viande hachée, des cuissots où le poil tient encore. Tout le long de l’avancée pendent des boyaux verdâtres, qu’on mangera à peine flambés. Et des vessies gonflées d’on ne sait quoi, des chapelets de saucisses rougeâtres, des cœurs qui saignent. Dans une énorme marmite, de la viande bouillie fume. Des vieilles à quatre pattes soufflent sur les braises et des gamins ac­courent, portant de l’eau dans un bambou…

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