CHEZ LES MOIS 16

De toute la cérémonie c’est ce qui amuse le plus les Mois et quand le vieux pakam est obligé de retirer la jarre à I Oué, Queue de travers, qui boirait tout si on le laissait faire, ils poussent des cris affreux et acclament le chasseur de tête qui ramène son gros ivrogne à l’enclos, en lui pressant l’oreille du bout de son pied nu.

Après ces cinq éléphants-ci, cinq autres suivent et c’est toujours la même multitude qui piaille dans la poussière. On apporte de nouvelles jarres, avec des cierges collés autour. On monte d’autres plateaux de viande, d’où la triperie déborde. Cela dure des heures et les gongs n’arrêtent pas de sonner tandis que les éléphants déambulent dans le village et que les M’nongs en bande s’en vont faire du bruit devant les cases.

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Ils viennent de surprendre un aide-chasseur comme il écumait son riz qui bouillait et tous se sont précipités sur lui, avec d’effrayantes clameurs. Raser ainsi la marmite avec un bâton, cela présage qu’au cours de la chasse une branche d’arbre rasera pareillement le dos de l’éléphant de chasse et précipitera à terre les deux hommes qui le montent. Il faut tout de suite punir le fautif et demander pardon aux génies gardiens. L’aide, qui ces jours-là s’attend à toutes les brimades, se laisse traîner jusqu’à la rivière. On le fait entrer dans l’eau jusqu’au cou, puis on l’asperge encore avec une branche et les Moïesses, accourues sur la berge, l’obligent à plonger la tête dans l’eau en lui jetant des poignées de sable.

—                 Crocodile ! crient-elles en riant, quand il reparaît, tout soufflant et les cheveux collés.

L’ancien qui tient la branche braille plus fort que les autres.

—                 Maintenant que tu as ton pardon et que Ngoet Ngoual t’inspire, dis-nous où il cache les éléphants et combien ils sont.

—                 Quand on voit la montagne de la Mar­mite, répond l’aide trempé. Il y en a trois bandes…

Tous se remettent à beugler et ils repartent en troupe pour porter la nouvelle aux autres, toujours suivis de l’aide-chasseur, déjà séché, d’un coup de soleil.

La cérémonie se prolonge, à la maison du sacrifice. Les pakams font maintenant leurs invocations sur l’équipement de tous les chasseurs : le rouleau de cordage en peau de buffle, la longue perche, le crochet, le maillet, la corne de buffle pour boire et le bambou qui contient le riz. Tout autour de chaque paquetage, de petites chandelles sont plantées, et d’autres brûlent sur les jarres, comme sur autant de petits autels. Accroupi sur une natte, Khunjonob commence la dernière prière. Il remue clans un bol rempli d’alcool et de sang le bracelet de Ngoet Ngoual et les deux cailloux ronds, et les pakams murmurent d’intraduisibles réponses, dans leur idiome de chasse.

L’invocation finie, c’est la ruée, dans un vacarme de sons de corne, de coups de tam- tam, de cymbales et de gong… On a planté les bambous dans les jarres, la fête va commencer. Sont-ils naïfs, ces Mois ! Toutes les tribus donnent aux fêtes le même nom : « boire beaucoup… » Mais quel nom conviendrait mieux ? Chacun prend son rang, et, tandis qu’on s’écarte devant les grands pakams qui boivent les premiers, Khunjonob, malgré son titre, malgré sa croix, malgré sa veste blanche et ses broderies d’or, va se ranger avec les Mô, les simples aides, les novices et doit attendre pour s’approcher de la jarre que tous les chasseurs aient passé. Il n’a jamais réussi qu’une maigre capture et tous ont le pas sur lui, des Bak-Siay, qui ont déjà ramené cinq éléphants, aux grands pakams qui en ont capturé plus de cent.

Cette subordination humilie-t-elle ce vieux chef courageux qui guerroya vingt ans contre les Laotiens et les Ruongs ? Peut-être… A point précis, un de ses serviteurs, un esclave affranchi, accourt et l’appelle :

— Chef ! Chef !

Dernière surprise de cette incroyable journée, le Résident appelle Khunjonob au téléphone ! Et le voici qui trotte, le bracelet de cuivre et les cailloux de Ngoet Ngoual tintant dans son mouchoir de soie.

Depuis le départ des chasseurs, Ban-don est comme mort. Ils s’en sont allés un matin, se dirigeant vers Ban-Tur, où le fleuve mâle et le fleuve femelle joignent leurs eaux, et cela formait une prodigieuse armée de soixante éléphants de course, les perches à lasso pointant comme des lances. Il ne reste plus maintenant dans le village, avec les femmes et les vieillards, que des gratteurs de terre, des pêcheurs, des gardiens de buffles.

La vie est changée. Moins bruyante. D’autres coutumes apparaissent. Défense de pénétrer dans la maison des chasseurs, à l’exception de la famille. Défense aux femmes de prêter de l’argent, du bétail, des objets. Défense aussi de se disputer, de frapper les animaux. Les M’nongs sont sages et méfiants…

Für mehr Infos: Halong Bucht Vietnam

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