LES PÈLERINS D’ANGKOR 5

Cela soulage de ne plus rencontrer ces coolies malingres, ces minces congaïes aux paupières bridées, mais des indigènes bien campés et les yeux droits. On hésite parfois en les regardant. Homme ou femme ? Ils se res­semblent tant, le même « sampot » d’étoffe rayée autour des reins, et leurs cheveux courts relevés en brosse.

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Tous les matins il s’en assemble une ving­taine, à l’entrée de la chaussée dallée qui mène à Angkor-Vat. Ils tiennent là un petit marché, vendant à on ne sait qui on ne sait quoi, et restent accroupis pendant des heures derrière leur éventaire ou à l’ombre d’une charrette. Ils ne désirent rien, ils vivent…

—                 Que fais-tu là ? demandais-je un jour à l’un d’eux que je voyais en contemplation depuis le matin devant les douves fleuries de nénuphars.

Regardant mon interprète d’un air craintif, ce sage répondit :

—                 Je m’amuse à me reposer…

Oh ! oui, race charmante…

Ce matin, donc, j’ai commencé la visite des ruines et me suis fait conduire à Prah-Khan rien que pour la joie de retraverser Angkor-Thom, et de revoir sur la sombre pyramide du Bayon les grands Çiva de pierre dresser leurs énigma­tiques visages.

Dans les autres monuments, on a peu à peu arraché les ruines à la forêt, les arbres ont été abattus, les lianes tranchées, mais à Prah-Khan la jungle règne encore, c’est sous le dôme immense des grands arbres la lutte sourde des plantes et des pierres, et l’on éprouve brusque­ment cette émotion que connurent, il y a un demi-siècle, les premiers voyageurs découvrant, ruine à ruine, la cité merveilleuse enfouie sous d’inextricables verdures.

Les arbres comme les bêtes ont appris à combattre. Le banian, aux racines aériennes, ne renverse pas les ruines, il les enveloppe, les étreint tandis que le fromager, plus brutal, fait éclater les murs, par une lente poussée de son tronc grandissant.

Le temps a rongé les soubassements de la­térite couleur de rouille. Sur la frise usée des entablements, les rinceaux ne se dessinent plus qu’à peine. Quels sont tous ces trous réguliers sur les pierres ? Est-ce l’empreinte laissée par les doigts des fées qui apportaient les matériaux au constructeur d’Angkor, Visvakarman, architecte céleste ? On aperçoit dans les broussailles des débris de bas-reliefs. Ces ruines forment parfois des monticules qu’il faut gravir en se tordant les pieds et, quand on croit suivre un sentier, d’énormes pilastres morts, épaulés l’un à l’autre, vous barrent le chemin. Des arbres ont poussé jusque sur les corniches et leurs racines surgissent, entre les pierres disjointes, ainsi que des serpents. Impossible de suivre ces galeries dont les murs ouvragés sont restés debout : les toitures se sont abattues sur les statues, les stèles qu’elles ont brisées et c’est un empierrement chaotique dont les hautes fougères cachent les pièges. Quelles bêtes veni­meuses peuvent grouiller dans ces trous ?

Des plantes aux feuilles tranchantes, comme des sabres verts, ont grandi sur le vieux temple à colonnes trapues d’où retombent en cascade des herbes, des ronces, des lianes, des grappes de fleurs sauvages. On enjambe des pans de murs, on contourne des tours à gradins, on re­vient sur ses pas, on s’égare… Jamais de soleil. L’air est humide des vapeurs de la terre et des tiges gonflées. Sous la mousse, les pierres sculptées moisissent. Comment reconnaître un monument, rétablir en pensée une colonnade ? La forêt tropicale a tout recouvert, tout effacé. On s’arrête, parce qu’il le faut, pour contempler des tévadas à diadème restées intactes dans leur niche, ou bien des garudas supportant un fronton, ou quelque dieu dansant, mais je les admire moins que ce fabuleux enchevêtrement de lianes et de pierres. Confusion féerique : les arbres se dressent sur des socles de grès et les colonnes ont des branches…

A Ta-Prohm aussi je devais connaître ces découvertes émerveillées, les galeries envahies par les fougères, les frontons coiffés d’épines, les porches qu’obstruent d’énormes blocs tombés du haut des voûtes. Plus de voûte, aujourd’hui, que celle des ramures toujours vertes, le vélum impénétrable des lianes emmêlées.

Cette ombre repose… Pouvoir enfin regarder sans lunettes noires, sans que la lumière brutale vous meurtrisse les yeux.

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