LES PÈLERINS D’ANGKOR 6

Les galeries, les vérandas, ne se distinguent pas des cours : mêmes arbustes, mêmes éboulis de ruines. Des troncs ont transpercé des murs, les feuilles des fromagers cachent les danseuses des hauts-reliefs et les lianes retombent du haut des tours comme des milliers de serpentins.

Où est le sanctuaire ? Est-ce ce réduit obscur où l’on ne peut se hasarder sans une torche ? Oui, sans doute… Dans tous les temples d’Angkor, on a ainsi amoncelé des blocs de grès sur des hectares, dressé des murs, multiplié les terrasses en gradins, et quand on est parvenu au cœur du monument on trouve un corridor si étroit que les deux murs se touchent à la fois des mains, une salle au plafond bas où vingt hommes ne pourraient s’assembler, un sanc­tuaire à la voûte si maladroite que le poids seul des pierres devait suffire à l’affaisser. Ces ar­tistes de génie ne savaient pas construire.

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A Ta-Som, un arbre a poussé sur la porte monumentale et ses racines ayant crevé les murs barrent l’entrée. Pourtant, sur les quatre faces de la tour ruinée, Çiva sourit toujours, son mystérieux visage perdu dans les branchages. Il fallait que ce fût lui le maître d’Angkor, ce Dieu destructeur.

A Neak-Pean, au centre du grand bassin, jadis rempli d’une eau miraculeuse où les ma­lades venaient se plonger, un arbre gigan­ tesque, un figuier toujours vert dresse son dôme et, entre ses racines noueuses, comme des doigts crispés, on aperçoit un petit temple, que le ficus séculaire garde dans ses griffes. On dis­tingue un Vishnou de haute taille, les mains brisées, puis, sur les autres faces, des dieux debout, des danseuses célestes, des adorateurs prosternés. Tout cela paraît encore plus beau dans la serre formidable de l’arbre.

Ta-Prohm… Ta-Som… Neak-Pean… Le Bayon… Il suffit au voyageur qui revient de là- bas de prononcer un de ces noms aux rudes consonances, pour qu’aussitôt apparaissent dans sa mémoire des tours en pyramides, un grand bassin, des piliers, un sanctuaire en ruines sous le treillis des lianes. Mais, pour les autres, pour le lecteur qui voyage seulement en songe et pénètre dans la forêt pour la première fois…

Comment pourrait-il suivre ce touriste fiévreux qui revit ses découvertes, vole de souvenir en souvenir, cherche un instant à reconstruire un temple avec de pauvres mots, et l’oublie aussitôt pour courir à un autre qu’il a reconnu dans les branches. Le lecteur s’applique en vain : on dirait un aveugle qui s’efforce de suivre un guide galopant. Il a beau revenir en arrière, reprendre patiemment une phrase, distribuer les objets dans l’ordre du récit, tout cela disparaît sitôt bâti, comme châteaux de nuées… Le narrateur ne vous fait grâce ni d’un portique ni d’une tour, il n’omet pas un bas-relief, ne peut franchir un pont sans le faire admirer et il entasse tant et tant de détails que la belle image finit par disparaître sous toutes ces fiches. On y voyait encore mieux sans rien connaître, en songe, les yeux fermés…

A quoi bon ces descriptions ?Je veux oublier toutes les notes que je prenais, la journée terminée, au bungalow d’Angkor, dans cette chambre grillagée comme une cage à mouches où les moustiques ne peuvent pas se glisser. Dessiner des plans avec des mots, peindre des façades avec des phrases. Pourquoi ?…

Aujourd’hui que j’ai quitté Angkor depuis dix mois, ai-je gardé le souvenir de ces deux petits temples qui flanquent la chaussée d’Angkor-Vat et dont me parle mon carnet ? Non. Mais je n’ai pas oublié les deux bonzes à tunique jaune citron qui se promenaient sur les terrasses supérieures, leurs robes flamboyant au soleil ; je revois les hauts escaliers raides, dressés à pic, comme des murs ; je reconnais le marchand de bâtonnets conduisant de statue en statue des pèlerins siamois et ceux-ci qui faisaient des lays, à la va-vite, aussi bien devant Vishnou que devant Bouddha, plantant leur baguette allumée dans une fente du socle. Penché à trente mètres au-dessus de l’allée, je regarde un cortège de femmes multicolores qui s’éloigne, conduit par un grand bonze qui porte en travers du dos son parasol roulé…

Für mehr Infos: Halong Bucht touren

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