LES PÈLERINS D’ANGKOR 8

La nuit s’assombrit et ce charme vous op­presse. On se sent si petit, si faible, si éphémère. Tous ces yeux vides qui vous ob­servent… Tous ces sourires blessés… N’est-on pas prisonnier ? Juste une pauvre ombre hésitante parmi ces ombres millénaires qui emplissent la terrasse.

Soudain, une traînée de lumière s’étale sur la clairière : c’est le chauffeur qui vient d’allumer ses phares. Alors, vite, se tenant à la muraille, on redescend, perdant pied sur les marches usées.

C’est aussi une vision nocturne que je garde d’Angkor-Vat. Un soir, nous avons fait venir les danseuses de Siem-Reap pour qu’elles dansent devant le temple. Cinquante petits porteurs de torches vinrent nous chercher à la sala, après le dîner, et nous traversâmes la chaussée en cor­tège, suivis d’une bande de Cambodgiens accourus de leur village. Un fou les précédait, celui qu’on nomme le Roi d’Angkor et qui passe sa vie dans les ruines, toujours coiffé d’une tiare de fleurs fraîches. C’est dans cet équipage que nous arrivâmes devant la galerie d’enceinte. Déjà une foule d’hommes et de femmes sont amassés, des marmots nus entre les jambes ; certains ont pris place sur les marches du porche et la balustrade du pont : jamais le temple ne m’était apparu si vivant, dans tout son caractère d’autrefois.

Oh, la charmante entrée des danseuses !… Sita à la tunique ornée de carton doré ; Rama, des petites ailes aux épaules et le visage fardé de blanc comme un masque lunaire ; Ravana, le démon grimaçant, et toutes, grandes et petites, coiffées d’une tiare effilée, le mokoth tradition­nel. Le visage impassible, Rama danse, les pieds nus, et ses bras souples se désarticulent, ondulent comme le naga, le long de son corps immobile. N’est-elle pas toute pareille aux tévadas des temples ?… Les débutantes, des gamines drôlement affublées avec des tuniques qui traînent, cherchent à l’imiter, et tandis que la vieille danseuse qui les dresse fait claquer ses planchettes pour donner la cadence, elles avancent et reculent, toujours un peu en retard.

Ravana, le démon à dix faces, veut enlever la belle Sita, que Rama aime, et quand les deux rivaux de la légende s’affrontent, menaçants, tous les marmots tondus se mettent à crier, comme chez nous à Guignol…

Les petits porteurs de torches, accroupis sur les dalles, formaient autour des danseuses un cercle enchanté de flammes, d’étincelles et de fumée. Le chant des grenouilles se mêlait à celui des cigales. Des oiseaux de nuit passaient en criant. Et le spectacle n’était pas seulement sur la natte où glissait Rama, il était dans cette foule heureuse, ce temple silencieux, ce ciel infini où penche la Croix du Sud, tout ce que nous regardons avec des yeux fiévreux, parce que nous le voyons pour la première fois et que, sans doute, nous ne le reverrons jamais plus…

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