LES PÈLERINS D’ANGKOR

Quand on arrive de Phnom Penh par la route, se diri géant vers Kompong Luong des Lacs, où l’on prend la chaloupe qui doit vous conduire au Viam de Siem Reap, dernière étape avant les ruines, on aperçoit soudain sur sa droite, un immense écriteau planté sur deux piquets et on lit, interloqué :

PÈLERINS D’ANGKOR Tournez à droite

C’est pour indiquer aux autos le chemin de l’embarcadère… Il n’en faut pas plus pour modifier tout l’esprit du voyage et anéantir le rêve heureux qu’on poursuivait depuis le départ à coups de visions brèves : forêts aux lianes en fleurs ; petits villages sur pilotis ; grands buffles au pâturage, avec des oiseaux sur l’échine ; enfants nus qui vivent dans l’eau, leur peau ruisselante miroitant au soleil comme des écailles de poisson ; et, dans le ciel, des vols d’aigrettes, de coqs sauvages, d’avocats aux ailes noires, de grues antigones dont la tête est de corail. On croyait échapper enfin à la colonie civilisée, pénétrer dans l’Asie légendaire, l’accueillant et merveilleux Kambudja où semble s’être réfugiée toute la douceur du monde, et patatras ! il faut qu’on tombe sur cet écriteau de Touring Club, hom­mage saugrenu à la mémoire de Loti, pour re­venir à la réalité. Il faut s’y résigner : la civilisation a pénétré partout : « Le monde est plus grand que tu ne crois » écrivait Renan. Depuis, tout a changé. Il devrait écrire au­jourd’hui : « Le monde est plus petit que tu ne supposes. »

Aller à Angkor n’est plus une prouesse. C’est fini les sampans qui s’égarent dans les méandres de la forêt inondée, la charrette à bœufs qui vous secoue par des sentiers creusés d’ornières, la sieste qu’on fait sur les dalles par crainte des serpents. Vous n’aurez pas, comme Loti, à demander un abri aux bonzes : vous descendrez à la « sala » d’Angkor, petit hôtel à l’européenne, avec salles de douches et chambres grillagées, en attendant le Palace dont les plans sont déjà tracés et l’emplacement choisi. Si vous êtes riches vous pourrez faire le voyage entier en auto, depuis Saigon, en une quinzaine d’heures ; si vous ménagez les piastres, vous vous contenterez des Messageries fluviales, quitte à rester en panne, comme il advint à cette Anglaise dont l’embarcation s’échoua sur la vase, aux eaux basses, et qui passa ainsi trente-six heures sur le lac, seule avec des rameurs résignés et un jeune Français, devant qui elle dut accomplir les actes les plus misérables de l’existence.

Ne vous attendez pas non plus à couvrir la dernière étape, de Siem Reap à Angkor Vat, grimpé sur un éléphant royal qui foncera dans la brousse, broyant les arbustes et arrachant les branches : une bonne route empierrée conduit maintenant à la « sala » et elle se prolonge en un circuit qui fait le tour des temples, à travers quarante kilomètres de forêt. Il reste bien deux bêtes à trompe attachées à l’hôtel, mais elles sont là comme aux Champs-Elysées la voiture aux chèvres, comme les ânes à Robinson…

« C’est pour la regardelle » dit-on dans le Midi. Et des camionnettes viennent se ranger près du montoir aux éléphants.

Tout cela, je m’en doutais depuis l’arrivée aux lacs : il m’avait suffi de lire, sur l’écriteau, l’avertissement symbolique : Pèlerins d’Angkor, tournez à droite…

Pourtant, quelle joie totale eût soulevé Pierre Loti s’il était arrivé, comme nous, dispos, à la tombée du jour, au lieu de descendre moulu de sa carriole à buffles sous l’écrasant soleil du midi ! Souvenez-vous de ses confidences désenchantées : « Nous nous sentions pris par le sommeil, à force de cahots, de bercement et de chaleur… Je n’ai pas l’émotion que j’aurais attendue… Midi approche avec sa lassitude et son invincible somnolence. »

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